Prévention des chutes selon la météo : « Le risque est rythmé par la saisonnalité »  

10 février 2026

Interview du Dr Mounir Ghedbane, médecin et coordinateur de la cellule maintien en emploi du CIAMT.

Des feuilles mortes sur un escalier humide, du verglas sur le parking, un trottoir enneigé en sortant du bus… Et (mauvaise) surprise : une glissade ! La saison et la météo peuvent augmenter les risques de chute des salariés, au niveau des parties extérieures de l’entreprise comme sur le trajet domicile-travail. Dans votre politique de prévention des chutes, prenez le temps de tenir compte du temps qu’il fait.

Où en est la prévention des risques de chute des travailleurs à l’extérieur des locaux de l’entreprise, notamment lorsque la météo est mauvaise ?

Nous sommes mieux armés pour la prévention des chutes au sein des locaux de l’entreprise que pour les chutes concernant les accès et abords du site, les petits déplacements en extérieur et les trajets domicile-travail.

Pourtant, les chutes font partie des grandes causes d’accidents de travail et les conditions météorologiques jouent fortement dans l’aggravation du risque. Le changement climatique entraînant davantage d’épisodes extrêmes, une plus grande attention à leur prévention s’impose.

Certaines périodes de l’année sont-elles plus à risque de chute ? 

C’est à l’automne que le risque est majeur. À cette période surviennent les chutes de feuilles, les faibles pluies, l’humidité et les gelées matinales qui favorisent les glissades, voire le brouillard qui empêche parfois de bien voir où l’on met les pieds. 

À l’intersaison, nous sommes mal préparés aux changements météorologiques qui vont influer sur l’état des sols et la visibilité. 

Et en hiver arrivent la neige et le verglas, qui peuvent transformer les accès et sols extérieurs en patinoires.

Comment l’entreprise peut-elle prévenir les chutes de plain-pied liées aux conditions météo ?

L’employeur assure la santé et la sécurité des travailleurs sur tout le périmètre de l’établissement.

Dans sa politique de prévention des chutes, il prend en compte les conditions climatiques en considération.

Concrètement, il veille à avoir des accès et sols extérieurs toujours dégagés et entretenus.

Des revêtements antidérapants sur les zones de passage à pied sont également conseillés.

Ces précautions en amont limitent déjà l’impact des aléas météorologiques sur le risque de chutes de plain-pied.


Ensuite, l’employeur peut s’informer régulièrement auprès de Météo France pour anticiper la sécurisation des accès. Par exemple, en enlevant les feuilles mortes des escaliers ou en salant le sol verglacé du parking avant l’arrivée des salariés.

Enfin, il peut dès la fin de l’été sensibiliser les salariés sur la vigilance à adopter pour parer aux risques de chutes liées à l’intersaison et l’hiver. 

Cette sensibilisation pourrait-elle concerner les risques de chute sur le trajet domicile-travail ?

Oui, parce qu’une chute sur le chemin de l’entreprise peut être considérée comme un accident de trajet

Elle peut avoir des répercussions considérables pour le salarié comme pour l’entreprise : troubles musculosquelettiques, arrêt de travail prolongé, désinsertion professionnelle, etc. 

La sensibilisation aux risques liés à la météo est donc très utile. En particulier pour les trajets domicile-travail effectués en trottinette, à vélo, à moto ou à pied. 

Ces risques sont parfois sous-estimés. Je constate des chutes sur des trajets habituels ou très courts, en faisant quelques pas depuis l’arrêt de bus ou même en descendant de vélo. 

Je préconise, dès que les sols deviennent glissants, le port de chaussures antidérapantes. Ainsi qu’un pas de marche à la fois sûr et prudent, sans précipitation. 

Y a-t-il des secteurs où les risques de chutes liées à la météo sont plus ou moins bien connus ?

Dans la construction et le BTP, la prévention des chutes de hauteur est encadrée par des règles précises. Le risque est donc plutôt bien maîtrisé. 

Les conditions météorologiques comme le verglas, le grand vent ou la canicule sont prises en compte avant chaque chantier. 

Un coordinateur Qualité, Hygiène, Sécurité, Environnement (QHSE) veille à la sécurité des opérations. Mais d’autres secteurs comme l’aide à la personne à domicile sont très exposés aux chutes de plain-pied ou en escalier. Notamment en cas de neige ou de verglas

En effet, ils impliquent souvent plusieurs trajets à pied dans la journée. Parfois dans de petites communes aux voies peu entretenues. De plus, les salariés sont principalement des femmes de plus de 45 ans. Plus vulnérables aux conséquences des chutes sur la santé.

Quel est le rôle du Service de Prévention et de Santé au Travail (SPST) dans la prévention des chutes liées à la saisonnalité ?

Au CIAMT, notre rôle est d’éclairer les employeurs sur les risques de chute de leurs salariés

Nous connaissons la nature et l’importance de ces risques, leur saisonnalité et les activités les plus exposées. 

Nous pouvons donc efficacement accompagner les entreprises dans l’évaluation de ces risques professionnels et les conseiller pour la mise en place d’un plan d’actions de prévention adapté.